Comme elle vient

Après une belle sortie Land Art avec Karen au bord de la rivière du Bono… Une sortie pleine de sensations où finalement, en se retirant la mer nous a fait un beau cadeau. Des surprises comme on peut en voir souvent en se donnant du temps et de l’espace. Impossible de prendre des photos… Comment aurait-il été possible d’immortaliser ces belles émotions ? Et voilà, je ne peux que vous dire, je ne peux vous montrer. Cela a-t-il le même niveau d’intensité pour nous qui sommes baignés d’images et de vidéos ?… Ce sera alors autre chose. Il est parfois bon de laisser chacun s’imaginer et peut-être faire naitre une émotion toute personnelle. Une autre manière de transmettre ?

Land Art : Etre au présent

Il m’arrive assez souvent au cours d’une réalisation d’être déviée de ma trajectoire par un objet : une branche… un cailloux dans l’eau… que je vois tout à coup d’une autre manière. Un élément naturel se présente et s’impose à moi. Je « laisse » alors l’oeuvre en cours pour porter mon attention sur cet aléas, sur ce qui vient « perturber » mon regard, le modifier. Et c’est souvent une pépite. Alors ?…

– Soit ma trajectoire est définitivement bouleversée et je me laisse alors emporter par autre élan,
– Soit « l’objet » s’intègre et complète la réalisation en cours, une véritable osmose s’opère.

Faire cela demande une présence au lieu et au moment. L’esprit est présent à ce qu’il fait « ici et maintenant » et se laisse porter plutôt que de diriger. Le cerveau limbique semble avoir pris la main et être en paix avec le cortex qui lui laisse les rennes. C’est une sensation étrange et merveilleuse qui trouve son apogée lorsqu’apparaît la réalisation, sa beauté, sa simplicité.

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C’est ce qui m’est arrivé lors de cette réalisation. Je “plantais” dans la rivière des racines d’arbres coupées, tordues, noircies par les mois passés sous l’eau quand en me retournant pour aller ramasser une nouvelle racine, j’ai aperçu cette pierre. J’y voyais un visage. Un peu comme Michel-Ange, j’ai sorti l’ange de la pierre. En ajoutant ce petit cailloux : tout était là. Depuis, je ne l’ai plus jamais revu ce visage.

Je retrouve cette attitude lorsque j’écoute et surtout je m’écoute. Non pas sur mes idées, sur les pensées qui me traversent l’esprit mais sur mes émotions, ce que je ressens, lorsque je porte attention à mon corps, lorsque j’identifie ce qui se passe… alors, en me laissant porter par ce ressenti je prend des chemins nouveaux non seulement pour moi mais aussi pour ceux qui m’entourent.

Land Art : Oser les premiers gestes

« Ce qui sauve, c’est de faire un pas puis encore un autre »  Antoine de St Exupéry
Je dirai que dans ma pratique du Land Art, ce qui compte c’est de faire un geste puis encore un autre !… Il s’agit d’oser ces petits gestes au départ. Oser ? Pas toujours facile… Nous avons tous parfois cette hésitation, voir même ce refus de l’action. Or, et en particulier dans le land art, l’action est libératrice et l’expérimentation est la seule manière de progresser, de se mettre en lien, de révéler les évidences cachées…
J’ai cherché à expliciter les freins que je pouvais avoir dans ma pratique du Land Art… en sachant bien évidement qu’ils devaient être présents dans bien d’autres situations. J’y ai trouvé :

  • « le regard des autres » : les jugements, les critiques que je pourrais ressentir, les comparaisons qui me renvoient à une banalité, à ne pas me sentir « la meilleure”
  • «  mon impatience » : l’envie que l’oeuvre soit déjà là, à la hauteur de ce que j’ai imaginé

Par contre, il me semble que la peur d’échouer ne m’a jamais arrêter… peut-être parce que dans cette pratique il n’y a pas d’échec et que ce qui arrive est déjà une opportunité pour autre chose et me permet d’apprendre et d’aller un peu plus loin.
J’ai deux manières de faire ces petits gestes qui comptent :

  • ramasser et cueillir ce que je trouve beaux, intéressants ou étonnants. Je laisse alors les sens me guider… le nez au vent, ou
  • poursuivre une réalisation laissée quelques jours auparavant, développer une idée qui a émergée lors d’une sortie précédente

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Ces petits gestes de départ ne formatent pas la sortie Land Art, tout peut changer à un moment ou à un autre en fonction des aléas qui me traversent. Ces petits gestes sont comme un échauffement, des étirements qui préparent mon esprit, mon coeur et mon corps à ce qui va être et émerger.

Oser ces petits gestes qui fondent les gestes futurs.

Demain… Au fil de l’eau

Land Art : L’immersion sensorielle

Qu’est-ce que le Land Art pour moi ? Loin d’avoir la prétention de définir un mouvement né bien avant que je n’en prenne conscience, mon intention est plutôt de réfléchir sur ma propre démarche. Hier, je réalisais que les sorties Land Art me manquaient comme un coureur de fond ne peut plus se passer de courir. Après être allée tous les jours à la rencontre de l’éphémère cet été, ne plus pouvoir le faire aujourd’hui génère une absence.
Pour moi, le land art est un exercice proche d’un art martial, une pratique qui me touche mentalement et modifie mon comportement. Le land art avant d’être une réalisation, une action est un état d’esprit vis à vis de ce qui m’entoure. Je ne suis pas sûre de pouvoir clarifier le processus réel que j’utilise (pas sûre d’en avoir qu’un d’ailleurs) mais plutôt distiller quotidiennement une des clés d’accès qui fonctionne pour moi.

Aujourd’hui, l’observation

L’observation à ce qui m’entoure. C’est une immersion complète de tous mes sens à ce qui m’entoure. Je regarde, je sens, j’écoute et je touche. J’ai parfois l’impression d’être comme un aveugle qui décrypte un message avec ses doigts. Je « relis » la nature avec mon corps… et me relie alors à elle. Une chose étrange m’est apparue cet été… La nature s’incarnait. Je ne suis pas devenue folle ou une illuminée… non mon regard ne voyait plus ce qu’il avait l’habitude de voir, la nature en retour ne cessait de me solliciter, de me parler. J’avais basculé dans un monde animée comme ceux des contes pour enfants. Etrange sensation. Je me demande pourquoi j’observe avec tant d’attention la nature qui m’entoure et de manière moindre les femmes et les hommes. Est-ce que le rapport au temps joue ? L’impatience, la nécessité d’un résultat ou d’un objectif, l’intention première feraient obstacle à une observation totale ? La bienveillance totale, l’absence de jugement me permettraient de jouer de tous mes sens ? Je réalise que parler d’observation est peut-être réducteur et qu’il serait plus juste de parler d’immersion sensorielle. Je dis parfois que je suis dans la nature et suis la nature même.

Un monde animé

Et le premier geste… (à demain)